Collectif E-Zéro - Témoignage d'Edithe

" Un soir de fin mai 2013, je jardinais tranquillement dans le jardin partagé du Neudorf et bavardais avec une personne sur le sujet de l’habitat participatif en citant l’exemple d’Eco-Logis que j’admire en passant ; celle-ci m’a transmise à tout hasard un numéro de téléphone d’un groupe qui chercherait un foyer.

J’ai appelé. C’est ainsi que ma vie a « basculé » ! J’ai vendu mon petit 2 pièces, un peu vite… puisque j’habite maintenant en location depuis près de 2 ans dans un 15 m2 habitable ! J’y travaille aussi… et notre petit nid ne sera pas terminé avant octobre 2016.

Ma principale motivation est de pouvoir concrétiser des valeurs du vivre-ensemble, de l’écologie en général, sans oublier l’écologie relationnelle et la possibilité de participer à la création de mon lieu de vie dans un projet commun et de l’intégrer au quartier en devenir.

 

Apprendre à se connaître, cheminer ensemble, écouter les vues de tous, s’en enrichir, affirmer les siennes qui auront pu évoluer puis trouver un chemin commun dans le vivre-ensemble au quotidien.

Tout s’enchaîna, rapidement au début ! la visite au groupe, leur choix parmi quelques présentations, la vente de mon petit logement pour me permettre de financer le projet, nos rencontres mensuelles ; puis vient une période de démarches administratives, notariales, prospection auprès des banques qui dura longtemps (ce n’est qu’une impression !) près de 2 ans, laps de temps pendant lequel je me demandais parfois si la construction allait se faire…

Pendant cette période nous avons appris à nous connaître, à discuter de nos priorités en terme de matériaux, d’esthétique, l’aménagement de l’espace, priorités. La partie élaboration des plans est passionnante et fait émerger des idées au fil de nos réunions régulières, à l’ordre du jour toujours bien fourni.

L’autopromotion offre certes une certaine liberté mais construire un immeuble à quatre foyers représente également des contraintes, des consensus, une ouverture d’esprit, une volonté de comprendre l’autre et parfois la nécessité de se rallier à l’avis émergeant qui peut même se révéler bien-fondé au niveau de la technicité ou de la pérennité des matériaux. Je peux citer les stores extérieurs, onéreux certes, mais très utiles en terme de protection contre la chaleur et la possibilité de pouvoir les manier aisément ; cette installation entraîne un investissement non négligeable que je ne regretterai certainement pas, alors qu’à la base j’aurais opté pour du matériel moins sophistiqué.

J’ai ainsi pu décider de décloisonner mon petit logement de 52 m2 qui devait être un 2 pièces mais est devenu un loft, afin de profiter pleinement de l’exposition à la lumière des deux côtés.

Un petit regret subsiste dans l’impossibilité de concevoir une buanderie commune avec des machines à laver performantes de 10 kg. Je me suis rabattue sur l’installation de ma machine dans ma petite cave ; je gagne donc un peu de place dans la cuisine.

La présence d’architectes me rassure. Je vois passer des messages dont la teneur est souvent très technique. Des tubes qui passent dans les fourreaux et voiles…. J’imagine ! J’ai également un peu de mal avec les documents partagés sur Hubic, les sigles utilisés dans le domaine de la construction… il y en a beaucoup !

La partie comptabilité est un autre volet qui nécessite des connaissances informatiques, de tableur. Une des difficultés peut être de ne pas être assez réactif dans le paiement des factures surtout si les sommes proviennent de prêt bancaire.

Le grand Jour « J » arrive avec l’obtention du permis de construire, un des points forts dans l’historique du projet, avec la plantation symbolique de notre arbre… le sol était tellement dur qu’il a été impossible de former un trou. Ce moment mémorable a concrétisé dans mon esprit non pas le sentiment de possession mais plutôt l’utilisation de ce lopin de terre pour asseoir notre projet et le présenter à des personnes présentes, curieuses ou intéressées par la démarche.

Le gros-œuvre a débuté au mois de juin et depuis le bébé grandit à vue d’œil, comme d’ailleurs les trois enfants qui participent très souvent à nos réunions. Que de souvenirs nous auront à partager.

Les réunions de chantier permettent de rencontrer les ouvriers des différents corps de métier ; ils ne sont plus des étrangers pour moi. Je sais qui a monté mon mur de cuisine, par exemple. Le bâti acquiert une âme. C’est notre cathédrale à nous.

Je découvre aussi la vie rude de chantier, les « coups-de-gueule » bien masculins, bien francs où chacun défend son point de vue en privilégiant les intérêts de son corps de métier pour finalement s’entendre afin de s’intégrer au projet commun.

De temps en temps je pénètre dans mon futur logement et m’imagine… m’imprègne de l’ambiance du lieu, je m’habitue, regarde autour de moi… bon ce n’est encore qu’un vaste chantier mais le quartier prend peu à peu forme. J’observe aussi la course du soleil à divers moment de la journée, au fil des saisons, et ainsi juger de la lumière naturelle qui y pénètre.

Des réunions intergroupes permettent de connaître les autres habitants de l’îlot ou leur concepteur. Nous réfléchissons en amont au vivre-ensemble dans le quartier, au choix du mobilier urbain et de l’utilisation des lieux communs. Ensemble nous serons force de proposition vis-à-vis des décideurs urbains ou communaux avec qui nous entretenons des liens depuis le début du projet. Un jardin partagé est prévu le long de notre construction avec l’utilisation d’un petit local de rangement des outils ; nos voisins l’ARCHE réfléchissent à la création d’un café alternatif.

Nous avons déjà une histoire commune avant même d’habiter les lieux ; la connaissance des uns et des autres fait tomber le masque de la peur de l’inconnu ; les différences s’estompent pour laisser place à la richesse de la diversité.

Nous sommes assurément les acteurs d’un nouveau mode de vie moins individualiste. Un chemin à défricher et à poursuivre."

Edithe